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Bronchite chronique vs emphysème : comprendre les composantes de la BPCO
  • Par Fabien Leroux
  • 6/01/26
  • 4

La BPCO, ou bronchopneumopathie chronique obstructive, n’est pas une maladie unique. C’est un ensemble de deux affections bien distinctes : la bronchite chronique et l’emphysème. Beaucoup de gens les confondent, ou les traitent comme une seule chose. Mais ce n’est pas pareil. Leur cause, leurs symptômes, leur traitement - tout est différent. Et comprendre cette différence peut changer la vie.

Qu’est-ce que la bronchite chronique ?

La bronchite chronique, c’est avant tout une production excessive de mucus. Pas un simple rhume qui passe. C’est une toux productive qui dure au moins trois mois par an, pendant deux ans d’affilée. C’est ce que les médecins appellent la définition clinique. Derrière cette toux, les bronches sont en feu. Les glandes qui produisent le mucus grossissent, jusqu’à tripler ou quintupler de taille. Les cellules qui fabriquent le mucus - les cellules caliciformes - se multiplient à un rythme effréné. Résultat ? Entre 100 et 200 millilitres de mucus par jour. C’est comme si vous aviez un pot de confiture qui déborde constamment dans vos poumons.

Le mucus, au lieu d’être évacué, s’accumule. Les cils - ces petits poils qui doivent le pousser vers l’extérieur - sont endommagés par le tabac ou la pollution. Alors, le mucus reste. Il bloque les voies respiratoires. Et quand il bloque, ça provoque des exacerbations. Des crises où la respiration devient un combat. 68 % des patients vivent ces crises surtout en hiver. Le froid, les virus, l’air sec - tout les déclenche.

On appelle souvent ces patients les « blue bloaters ». Pourquoi ? Parce qu’ils ont souvent une peau bleuâtre (cyanose), un gonflement des chevilles (œdème périphérique), et une faible saturation en oxygène - entre 85 et 89 %. Leur cœur, fatigué de pomper dans des poumons encombrés, se dilate. On parle de cor pulmonale. Leur respiration est lourde, rapide. Ils respirent 25 à 30 fois par minute, même au repos.

Et l’emphysème, alors ?

L’emphysème, lui, c’est la destruction. Pas de mucus en excès. Pas de toux constante. Mais des alvéoles - ces minuscules poches d’air où l’oxygène entre dans le sang - qui explosent. Leur paroi, faite de fibres d’élastine et de collagène, se déchire. Elles ne se reforment pas. Ce qui reste, ce sont de grandes bulles d’air, vides, inutiles. La surface d’échange d’oxygène diminue de 40 à 60 %. C’est comme si vos poumons avaient perdu la moitié de leurs alvéoles.

Le symptôme le plus frappant ? La dyspnée - l’essoufflement. Mais pas comme dans la bronchite. Ici, c’est une sensation d’air qui manque. Un vide dans la poitrine. Au début, ça arrive en montant une côte. Puis, en marchant vite. Puis, en parlant. Enfin, même au repos. Les patients décrivent ça comme « ne pas pouvoir prendre une pleine inspiration ». Ils ne peuvent plus dire plus de cinq à six mots d’affilée sans s’arrêter.

Ces patients sont les « pink puffers ». Leur peau est souvent rose, pas bleue. Leur saturation en oxygène est presque normale - entre 92 et 95 %. Pourquoi ? Parce qu’ils respirent fort, vite. Leur fréquence respiratoire est élevée, leur thorax se gonfle. Ils ont un « thorax en tonneau » : plus large que profond. Leur volume résiduel - l’air qui reste dans les poumons après une expiration maximale - dépasse 150 % de la normale. Leur corps essaie de compenser, mais ça les épuise.

Comment les médecins les distinguent ?

Un simple test de respiration ne suffit pas. Il faut mesurer la capacité de diffusion du monoxyde de carbone - le DLCO. Si ce chiffre est en dessous de 60 % de la valeur attendue, c’est un signe fort d’emphysème. La bronchite chronique, elle, garde un DLCO normal ou légèrement réduit. Ce qui change, c’est le rapport entre le volume expiratoire forcé en une seconde (FEV1) et la capacité vitale forcée (FVC). Si ce rapport tombe en dessous de 70 %, c’est une obstruction. Mais ce n’est pas suffisant pour dire laquelle des deux maladies est en cause.

Une scanner haute résolution, c’est le vrai test. Pour l’emphysème, on voit des zones sombres, presque vides, qui couvrent plus de 15 % du poumon. Pour la bronchite, ce sont les parois des bronches qui sont épaisses - plus de 60 % de la surface de la voie aérienne. Ces images sont la preuve visuelle de ce qui se passe à l’intérieur.

Le test de marche de six minutes est aussi révélateur. Les patients avec emphysème ont tendance à descendre en saturation d’oxygène très vite - en moins de deux minutes. Ceux avec bronchite chronique, eux, gardent leur saturation, mais s’arrêtent parce qu’ils sont épuisés par la difficulté à expirer.

Patient atteint d'emphysème, thorax en tonneau, poumons détruits en bulles vides, peau rose et respiration difficile.

Les traitements ne sont pas les mêmes

Vous ne traitez pas une bronchite chronique comme un emphysème. Et vice versa.

Pour la bronchite chronique, le but est de réduire le mucus. Les mucolytiques comme la carbocystéine réduisent les exacerbations de 22 %. Les nébulisations avec une solution saline hypertonique - très concentrée - aident à fluidifier le mucus. 73 % des patients rapportent une amélioration. Et certains nouveaux traitements, comme le roflumilast, bloquent l’inflammation dans les voies respiratoires. Il diminue les crises de 17,3 % sur un an.

En revanche, les corticoïdes inhalés - souvent prescrits en BPCO - augmentent le risque de pneumonie de 40 % chez les patients avec bronchite chronique. C’est pourquoi les lignes directrices recommandent d’abord une combinaison LAMA/LABA (deux types de bronchodilatateurs), sans corticoïdes.

Pour l’emphysème, l’objectif est de récupérer de l’espace. Si les poumons sont trop gonflés, on peut les réduire. Les valves endobronchiques - des petits dispositifs placés par endoscopie - ferment les zones endommagées. Les poumons sains peuvent alors mieux se dilater. La réussite est de 65 % après un an. Certains patients améliorent leur distance de marche de 35 %. Et pour ceux qui ont une déficience en alpha-1 antitrypsine - une forme génétique d’emphysème - une nouvelle thérapie inhalée a été approuvée en 2023. Elle améliore le FEV1 de 20 % en douze mois.

La réalité : ce n’est jamais juste l’un ou l’autre

Les médecins ont longtemps divisé les patients en deux catégories : les « pink puffers » et les « blue bloaters ». Mais c’est devenu trop simple. Une étude de 2022 a montré que seulement 15 % des patients atteints de BPCO sévère ont un seul type de lésion. Les 85 % restants ont les deux - une combinaison de destruction alvéolaire et d’inflammation bronchique.

Ça veut dire qu’un patient peut avoir une toux persistante ET une grande difficulté à respirer. Il faut alors adapter le traitement. Pas juste un médicament. Une combinaison. Et surveiller les deux symptômes en même temps.

Scanneur des poumons en horreur Junji Ito : bronches encombrées d'un côté, alvéoles détruites de l'autre.

Le coût humain et économique

La BPCO coûte cher. Très cher. Les patients avec emphysème sévère dépensent en moyenne 38 500 dollars par an - 75 % pour les hospitalisations. Ceux avec bronchite chronique, eux, dépensent 29 800 dollars - surtout pour les médicaments et les visites médicales.

Sur le terrain, les patients vivent des réalités très différentes. Sur les forums, les patients avec bronchite chronique racontent passer 20 à 30 minutes chaque matin à dégager leur mucus. Certains mesurent le volume avec un verre gradué. Ceux avec emphysème décrivent la sensation d’être en train de respirer à travers une paille. Ils ne peuvent plus courir, danser, porter des sacs. Leur vie se rétrécit.

Et pourtant, il y a de l’espoir. Les nouvelles technologies - les valves, les nébuliseurs acoustiques, les médicaments ciblés - permettent de mieux gérer chaque forme. La clé, c’est de ne plus voir la BPCO comme une maladie unique. C’est une famille de maladies. Et chaque membre a besoin d’un traitement personnalisé.

Que faire si vous ou un proche êtes concerné ?

Si vous avez une toux chronique avec mucus, ou une respiration sifflante depuis des années, ne l’ignorez pas. Demandez un test de fonction pulmonaire - avec le DLCO. Si vous êtes fumeur, arrêtez. C’est la seule chose qui ralentit vraiment la progression.

Apprenez à reconnaître vos symptômes. Notez quand vous avez plus de mucus, quand vous êtes plus essoufflé. Partagez ça avec votre médecin. Posez la question : « Est-ce que c’est de la bronchite, de l’emphysème, ou les deux ? »

La BPCO n’est pas une sentence. C’est une maladie à gérer. Et la meilleure façon de la gérer, c’est de la comprendre - vraiment - dans ses deux formes.

La bronchite chronique et l’emphysème sont-elles les mêmes choses ?

Non. La bronchite chronique est une inflammation des bronches avec production excessive de mucus, tandis que l’emphysème est une destruction des alvéoles pulmonaires. Les symptômes, les causes et les traitements sont différents, même si les deux font partie de la BPCO.

Comment savoir si j’ai de la bronchite ou de l’emphysème ?

Un test de fonction pulmonaire avec mesure du DLCO (diffusion du monoxyde de carbone) est essentiel. Un DLCO inférieur à 60 % suggère un emphysème. Une toux persistante avec mucus et une saturation en oxygène basse pointent vers une bronchite chronique. Une scanner thoracique haute résolution confirme le diagnostic.

Les traitements pour la bronchite chronique et l’emphysème sont-ils identiques ?

Non. La bronchite chronique répond mieux aux mucolytiques et au roflumilast pour réduire les crises. L’emphysème peut bénéficier de valves endobronchiques ou d’un traitement spécifique si une déficience en alpha-1 antitrypsine est présente. Les corticoïdes inhalés sont plus risqués pour la bronchite chronique.

Est-ce que la BPCO peut être guérie ?

Non, la BPCO n’est pas guérissable. Mais elle peut être stabilisée. Arrêter de fumer, suivre un traitement adapté, faire de l’exercice et éviter les infections permettent de ralentir la progression, de réduire les crises et d’améliorer la qualité de vie.

Quelle est la différence entre les « pink puffers » et les « blue bloaters » ?

Les « pink puffers » sont typiques de l’emphysème : ils respirent vite, ont une bonne saturation en oxygène, mais sont très maigres et ont un thorax en tonneau. Les « blue bloaters » sont typiques de la bronchite chronique : ils ont une peau bleutée, un œdème des chevilles, une faible saturation et produisent beaucoup de mucus. Ces termes sont des schémas cliniques, pas des diagnostics formels.

Bronchite chronique : toux, expectoration et aide à l'arrêt du tabac
Bronchite chronique vs emphysème : comprendre les composantes de la BPCO
Fabien Leroux

Auteur

Je travaille depuis plus de quinze ans dans le domaine pharmaceutique, où j’explore constamment les évolutions des traitements et des suppléments. J’aime vulgariser les connaissances scientifiques et partager des conseils utiles pour optimiser sa santé. Mon objectif est d’aider chacun à mieux comprendre les médicaments et leurs effets.

Commentaires (4)

Frédéric Nolet

Frédéric Nolet

janvier 6, 2026 AT 15:51

J’ai lu ça en une seule traînée, et j’ai juste envie de dire : merde, j’ai jamais compris la différence entre les deux… Merci pour ce rappel clair. Je vais arrêter de penser que la BPCO, c’est juste ‘j’ai du mal à respirer’.

Marie Linne von Berg

Marie Linne von Berg

janvier 7, 2026 AT 19:31

Je suis infirmière en pneumo, et chaque jour je vois ces différences en vrai 😊
Les 'blue bloaters' ? Ils arrivent avec leur sac de mucolytiques et leur verre gradué pour mesurer le mucus… C’est fou, mais c’est leur routine. Les 'pink puffers', eux, sont comme des ressorts qui refusent de lâcher prise. 💪❤️
On a besoin de plus de sensibilisation comme ça. Merci pour ce post !

jacques ouwerx

jacques ouwerx

janvier 8, 2026 AT 12:16

Vous savez quoi ? Ce que les médecins appellent 'cor pulmonale', c’est juste le cœur qui a eu assez de ces poumons en merde. Pas de mystère. Le tabac tue lentement, mais avec style. Et les gens, ils veulent des traitements magiques… alors qu’ils fument encore. 😒

armand bodag

armand bodag

janvier 9, 2026 AT 04:08

On parle de DLCO, de FEV1/FVC, de valves endobronchiques… Mais personne ne parle du vrai problème : la médecine moderne est devenue une industrie de diagnostics complexes pour masquer l’absence de prévention. Arrêtez de fumer, point final. Toute cette technologie, c’est du pipi de chat sur un feu de forêt. 🤷‍♂️

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