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Sécurité de l'acétaminophène : risques de surdose et conseils de prévention
  • Par Fabien Leroux
  • 17/01/26
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Quand un médicament courant devient dangereux

Vous avez mal à la tête, vous avez de la fièvre, alors vous prenez un comprimé de Tylenol. Simple, rapide, sans effet secondaire majeur… ou pas. L’acétaminophène, aussi appelé paracétamol, est l’un des médicaments les plus vendus au monde. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est qu’il est aussi la première cause d’échec hépatique aigu aux États-Unis, et la deuxième cause mondiale de transplantation du foie. Et ce n’est pas toujours une surdose volontaire. Souvent, c’est un simple mélange de médicaments, une erreur de dosage, ou une consommation d’alcool en même temps.

Combien est trop ? La limite entre sécurité et danger

Pour un adulte, la dose maximale quotidienne recommandée est de 4 grammes - soit huit comprimés de 500 mg. Mais cette limite n’est pas une ligne floue. Au-delà de 7,5 grammes en une seule prise, ou plus de 4 grammes sur plusieurs jours, le risque de lésion hépatique devient réel. Et ce n’est pas seulement pour les personnes qui prennent des doses massives. Même 3 grammes par jour pendant plusieurs jours peuvent être dangereux si vous buvez de l’alcool régulièrement, ou si vous avez déjà un foie affaibli.

Le problème ? L’acétaminophène est présent dans plus de 600 médicaments. C’est dans vos comprimés contre la grippe, vos décongestionnants, vos analgésiques pour maux de dos, et même certains somnifères. Si vous prenez deux produits à la fois - un pour la fièvre et un pour le nez bouché - vous pouvez facilement doubler, voire tripler, votre dose sans vous en rendre compte.

Comment votre foie réagit quand il est dépassé

L’acétaminophène est métabolisé par le foie. À doses normales, il est transformé en substances inoffensives et éliminées. Mais quand la quantité dépasse la capacité du foie, une toxine appelée NAPQI s’accumule. Cette toxine détruit les cellules hépatiques. Le corps utilise un antioxydant naturel, le glutathion, pour la neutraliser. Mais quand il est épuisé, les cellules du foie commencent à mourir.

Le pire ? Vous ne ressentez rien au début. Entre 0 et 24 heures après une surdose, vous pouvez avoir juste une légère nausée, une transpiration, ou vous sentir fatigué. Rien de grave, pensez-vous. Mais entre 24 et 72 heures, les choses changent. Douleurs dans le haut de l’abdomen, jaunisse, confusion, vomissements violents. À ce stade, les enzymes hépatiques sont déjà à des niveaux critiques - parfois plus de 10 000 UI/L (la norme est de 10 à 40). Le foie ne fonctionne plus. Et si vous n’êtes pas traité, vous risquez un échec multi-organes.

Un patient à l'hôpital avec un foie noir et décomposé, des veines vertes brillantes, l'heure est figée.

Le moment critique : les 8 premières heures

Il existe un antidote efficace : l’N-acétylcystéine (NAC). Mais il ne marche que si vous le prenez à temps. Dans les 8 heures suivant une surdose, 90 % des patients se rétablissent sans dommage hépatique. Après 16 heures, ce taux tombe à 60 %. Et après 24 heures, la chance de survie diminue fortement.

Les centres antipoison américains rapportent que 48 % des surdoses sont accidentelles. Une femme prend un comprimé de Tylenol pour sa migraine, puis un sirop contre la toux qui contient aussi de l’acétaminophène. Un homme prend deux comprimés d’extra-strength pour son mal de dos, puis un autre pour la fièvre. Il se sent bien pendant 12 heures. Puis il tombe malade. Il va aux urgences. Mais il est déjà trop tard.

Les erreurs courantes - et comment les éviter

  • Utiliser des cuillères de cuisine : Une cuillère à soupe n’est pas une cuillère à café. 41 % des surdoses chez les enfants viennent de cette erreur. Utilisez toujours le doseur fourni avec le médicament.
  • Prendre des versions « extra-forte » sans ajuster : Un comprimé de 650 mg n’est pas un « double » d’un comprimé de 325 mg. Il faut compter le nombre total de mg, pas le nombre de comprimés.
  • Combinaison avec des opioïdes : Le Vicodin, le Percocet, et d’autres contiennent de l’acétaminophène. Si vous prenez ces médicaments sur ordonnance, vous ne pouvez pas ajouter de Tylenol sans risque.
  • Boire de l’alcool : Trois verres d’alcool par jour peuvent réduire la capacité du foie à traiter l’acétaminophène. Même un verre le soir, en même temps qu’un comprimé, peut augmenter le risque.
  • Ne pas lire les étiquettes : Regardez toujours la liste des ingrédients. L’acétaminophène peut être écrit « APAP » - c’est la même chose.

Et les enfants ? Des règles strictes

Pour les enfants, la dose est calculée en fonction du poids : entre 10 et 15 mg par kilogramme, toutes les 4 à 6 heures, avec un maximum de 5 doses par jour. Jamais de comprimés d’adulte. Jamais de sirop sans doseur. Les enfants sont plus vulnérables. Une surdose de 150 mg/kg peut être fatale. Et les symptômes sont plus rapides à apparaître.

Le Comité américain de pédiatrie recommande d’utiliser uniquement les formulations spécifiques pour enfants. Et de ne jamais donner de médicaments sans vérifier la dose exacte avec un professionnel de santé.

Une bouteille de sirop pour enfant libère des visages hurlants, un parent tente de la saisir dans une chambre envahie de médicaments.

Que faire en cas de doute ?

Si vous pensez avoir pris trop d’acétaminophène - même si vous vous sentez bien - appelez immédiatement un centre antipoison. En France, composez le 01 40 05 48 48. Aux États-Unis, appelez le 1-800-222-1222. Ne attendez pas d’avoir mal au ventre ou de devenir jaune. Le temps est votre pire ennemi.

Si vous êtes dans un pays où vous ne savez pas quoi faire, allez directement aux urgences. Montrez tous les médicaments que vous avez pris. Les médecins peuvent faire un test sanguin pour mesurer les enzymes du foie et déterminer si une intoxication est en cours.

Les changements à venir

Les autorités sanitaires reconnaissent que les étiquettes actuelles ne sont pas assez claires. La FDA propose d’imposer un texte en gras et plus gros sur les emballages : « ACÉTAMINOPHÈNE » au lieu de « Paracétamol » en petits caractères. Des applications mobiles sont en développement pour scanner les codes-barres et calculer votre dose totale en temps réel.

Des recherches sont aussi en cours sur de nouveaux antidotes, comme le fomepizole, qui pourrait aider quand l’NAC n’est pas possible. Mais pour l’instant, la meilleure protection reste la connaissance.

Le verdict : un médicament précieux, mais à manier avec précaution

L’acétaminophène reste le meilleur choix pour les personnes qui ne peuvent pas prendre les anti-inflammatoires (comme l’ibuprofène) à cause de problèmes gastriques, rénaux ou cardiaques. Il est efficace, peu coûteux, et sans risque de saignement. Mais son domaine de sécurité est étroit. Une erreur de 1 ou 2 comprimés peut avoir des conséquences irréversibles.

La règle d’or ? Quand vous prenez un médicament, demandez-vous : « Est-ce que ça contient de l’acétaminophène ? » Et si la réponse est oui, arrêtez tout autre produit qui en contient. Moins, c’est mieux. Et quand vous avez un doute, consultez un pharmacien. Pas Google. Pas un ami. Un professionnel.

Sécurité de l'acétaminophène : risques de surdose et conseils de prévention
Fabien Leroux

Auteur

Je travaille depuis plus de quinze ans dans le domaine pharmaceutique, où j’explore constamment les évolutions des traitements et des suppléments. J’aime vulgariser les connaissances scientifiques et partager des conseils utiles pour optimiser sa santé. Mon objectif est d’aider chacun à mieux comprendre les médicaments et leurs effets.