Vous sortez faire une promenade en hiver, vous prenez un verre de glace, ou vous plongez la main dans le frigo… et soudain, votre peau se met à démanger, à rougir, à gonfler. Ce n’est pas une allergie aux aliments, ni une réaction aux parfums. C’est une urticaire induite par le froid, une condition méconnue mais réelle qui touche environ 0,05 % de la population. Contrairement à ce que beaucoup pensent, les symptômes n’apparaissent pas pendant l’exposition au froid, mais en revenant à une température normale. C’est pendant la phase de réchauffement que les cloques, les démangeaisons et parfois même les réactions graves se déclenchent.
Comment ça marche ?
L’urticaire induite par le froid est une forme d’urticaire physique : votre corps réagit de manière inappropriée à un stimulus externe, ici, le froid. Quand votre peau est exposée à une température froide - même à 20°C, selon les cas - vos cellules mastocytaires libèrent de l’histamine, des prostaglandines et d’autres substances inflammatoires. Cela provoque une dilatation des vaisseaux sanguins et une fuite de liquide dans les tissus, ce qui forme des plaques rouges, gonflées et très démangeantes. Ce phénomène est souvent plus intense au moment où la peau se réchauffe, ce qui explique pourquoi vous vous sentez pire en rentrant dans une pièce chaude qu’en sortant dans le froid.
Cette réaction peut être localisée ou généralisée. La plupart du temps, elle touche les zones exposées : mains, visage, lèvres, cou. Mais dans les cas sévères, même une simple baignade dans une eau à 18°C peut déclencher une réaction systémique. Des cas de noyade ont été rapportés parce que des patients ont perdu conscience en nageant dans une eau froide, à cause d’une chute brutale de la pression artérielle et d’un œdème de la gorge.
Comment savoir si vous en souffrez ?
Le test le plus simple et le plus courant est le test du glaçon. On place un glaçon sur l’avant-bras pendant 5 à 10 minutes. Si, dans les 10 minutes qui suivent, une bosse rouge et gonflée apparaît là où le glaçon a été posé, le diagnostic est très probable. Ce test a une sensibilité de 98 % pour l’urticaire induite par le froid acquise.
Les médecins peuvent aussi vous demander de tenir un journal de vos symptômes : à quelle température avez-vous réagi ? Quelle activité a déclenché la réaction ? Combien de temps a duré l’urticaire ? Cela permet de déterminer votre seuil personnel. Certains patients réagissent à des températures de 20°C, d’autres ne réagissent qu’en dessous de 5°C. Il n’y a pas de règle universelle.
Des analyses de sang peuvent être faites pour éliminer une cause secondaire. Dans 5 % des cas, l’urticaire froide est liée à une infection, un cancer du sang, ou une maladie auto-immune. Un cas rare mais documenté concerne les piqûres de coccinelles : certaines personnes ont développé une urticaire froide après une exposition à ces insectes. Il existe aussi une forme héréditaire, appelée syndrome d’autoinflammation familiale induit par le froid (FCAS), qui débute à l’enfance et nécessite un traitement différent.
Quels sont les symptômes ?
Les signes varient d’une personne à l’autre, mais les plus fréquents sont :
- Des plaques rouges, gonflées et très démangeantes sur la peau exposée
- Des lèvres ou une langue qui gonflent après avoir mangé ou bu quelque chose de froid (65 % des patients concernés)
- Des mains enflées après avoir tenu un objet froid (78 % des cas)
- Des maux de tête, des étourdissements, des palpitations ou une sensation de manque d’air dans les formes plus graves
- Une réaction systémique : chute de tension, difficulté à respirer, évanouissement - surtout après une exposition prolongée comme une baignade
Il est crucial de ne pas ignorer ces signes. Même si une réaction légère ne semble pas grave, elle peut devenir dangereuse si vous êtes exposé à un stimulus plus fort, comme une piscine ou une douche froide.
Comment traiter l’urticaire induite par le froid ?
Il n’existe pas de guérison définitive, mais il existe des moyens efficaces de contrôler les symptômes. Le traitement suit une approche en étapes.
Première ligne : les antihistaminiques non sédants. Ceux-ci bloquent l’action de l’histamine, la substance responsable des démangeaisons et du gonflement. Les plus utilisés sont la loratadine, la cétirizine et la desloratadine. Mais attention : dans 40 % des cas, la dose standard ne suffit pas. Les médecins augmentent souvent la dose jusqu’à 4 fois la dose habituelle (par exemple, 40 mg de cétirizine par jour). C’est autorisé et largement étudié dans les lignes directrices internationales.
Deuxième ligne : si les antihistaminiques ne suffisent pas, l’omalizumab (Xolair) est une option. C’est un anticorps monoclonal, initialement utilisé pour l’asthme et l’urticaire chronique. Des essais cliniques montrent qu’il réduit les symptômes chez 60 à 70 % des patients résistants aux antihistaminiques. Il est administré par injection sous-cutanée, une fois par mois.
Traitement spécifique : pour les formes héréditaires (FCAS), les antihistaminiques sont inefficaces. Le traitement repose sur des inhibiteurs de l’interleukine-1, comme l’anakinra (Kineret), qui ont montré jusqu’à 80 % d’efficacité dans les études.
Autres options : la rupatadine (20 à 40 mg/jour) a démontré une réduction de 75 % des symptômes dans des études européennes. La berotralstat (Orladeyo), un inhibiteur de la kallikréine, a aussi montré des résultats prometteurs chez les patients qui n’ont pas répondu à l’omalizumab, avec une réduction de 58 % des crises dans un essai de 2023.
Comment éviter les crises ?
La prévention est la clé. Voici des stratégies éprouvées :
- Évitez les boissons et aliments très froids. Une glace ou un soda glacé peut déclencher un œdème de la gorge. Préférez les boissons tièdes.
- Ne nagez jamais dans une eau froide sans précaution. Avant de vous plonger, trempez une main pendant 5 minutes dans l’eau. Si vous réagissez, ne vous baignez pas. Cette simple astuce réduit de 85 % les réactions graves en milieu aquatique.
- Protégez votre peau. Portez des vêtements en couches, avec une couche intérieure en tissu technique qui évacue l’humidité. Cela réduit l’exposition directe de la peau au froid et diminue les réactions de 60 à 70 %.
- Utilisez des capteurs de température. Depuis 2020, des dispositifs comme le « Cold Alert » permettent de surveiller votre seuil personnel. Ils vibrent quand la température ambiante approche votre seuil critique. Un essai en 2022 a montré 92 % de précision.
- Prévenez les professionnels de santé. Si vous devez subir une intervention chirurgicale, informez l’anesthésiste. Les fluides intraveineux doivent être réchauffés à 37°C, et la pièce d’opération doit être maintenue à plus de 21°C.
Et la désensibilisation ?
Il existe une approche appelée « induction de tolérance au froid » : exposer progressivement la peau à des températures de plus en plus froides, par exemple en prenant des douches de plus en plus fraîches. Certains patients rapportent une amélioration après plusieurs semaines. Mais cette méthode a un taux d’abandon de 40 % à cause de la douleur et de l’inconfort. Elle ne doit être tentée que sous surveillance médicale, car elle peut déclencher une réaction sévère.
Quel avenir pour les patients ?
La bonne nouvelle ? 35 % des patients voient leurs symptômes disparaître spontanément dans les 5 ans, surtout si l’urticaire est apparue brusquement. Ceux qui ont une forme chronique ont moins de chances de guérison, mais les traitements s’améliorent rapidement.
Des essais sont en cours pour tester la naltrexone à faible dose (NCT04982190), avec des résultats prometteurs : 45 % de réduction des crises après 6 mois. De plus, 78 % des patients utilisent désormais des applications mobiles comme « Urticaria Tracker » pour suivre leurs déclencheurs. Ces outils aident à identifier les seuils individuels et à ajuster les comportements au quotidien.
La recherche génétique avance aussi. Des mutations dans le gène PLCG2 ont été identifiées chez les patients atteints de FCAS. Cela ouvre la voie à des traitements ciblés, moins invasifs et plus efficaces.
Que faire en cas de réaction grave ?
Si vous avez déjà eu des symptômes systémiques - difficulté à respirer, vertiges, perte de conscience - votre médecin vous prescrira probablement un auto-injecteur d’épinéphrine (EpiPen). Apprenez à l’utiliser. Emmenez-le partout. Enseignez à vos proches comment l’activer. Une réaction grave peut survenir en quelques secondes. L’épinéphrine est le seul traitement capable de sauver une vie dans ce contexte.
L’urticaire induite par le froid est-elle une allergie ?
Non, ce n’est pas une allergie classique. Dans une allergie, le système immunitaire réagit à une substance spécifique (comme les arachides ou les pollens). Ici, c’est une réaction mécanique à un stimulus physique - le froid - qui déclenche la libération d’histamine. C’est pourquoi on parle d’urticaire physique, et non d’allergie alimentaire ou respiratoire.
Puis-je faire du ski ou de la randonnée en hiver ?
Oui, mais avec des précautions. Portez des vêtements techniques, couvrez bien votre visage, évitez les pauses prolongées dans le froid, et ne buvez pas de boissons glacées. Si vous avez déjà eu une réaction grave, emportez toujours votre auto-injecteur d’épinéphrine. Beaucoup de patients actifs avec cette condition vivent normalement, à condition de bien se protéger.
Les antihistaminiques font-ils perdre du poids ?
Non, les antihistaminiques utilisés pour l’urticaire froide ne causent pas de perte de poids. Certains peuvent provoquer une légère somnolence, mais ce n’est pas un effet lié au métabolisme. Si vous perdez du poids sans raison, cela peut être un signe d’une maladie sous-jacente - comme une infection ou un cancer - et doit être vérifié par un médecin.
Puis-je boire de l’alcool si j’ai une urticaire froide ?
L’alcool peut aggraver les symptômes chez certaines personnes, car il dilate les vaisseaux sanguins et peut amplifier la libération d’histamine. Même si ce n’est pas une contre-indication absolue, il est recommandé de limiter sa consommation, surtout si vous êtes exposé au froid peu après. Évitez les boissons très froides, comme les bières glacées.
Est-ce que l’urticaire froide est héréditaire ?
La forme la plus courante (95 % des cas) est acquise et ne se transmet pas. Mais il existe une forme rare, appelée syndrome d’autoinflammation familiale induit par le froid (FCAS), qui est génétique et se transmet de parent à enfant. Elle se manifeste dès l’enfance, avec des fièvres, des douleurs articulaires et des éruptions cutanées après exposition au froid. Si plusieurs membres de votre famille en souffrent, parlez-en à un spécialiste.
Faut-il éviter les saunas ou les bains chauds ?
Non, au contraire. Les saunas et les bains chauds sont souvent bien tolérés, voire apaisants. Le risque vient du passage brutal du froid au chaud, pas du chaud lui-même. Si vous sortez d’un sauna et que vous vous exposez immédiatement à l’air froid, vous pouvez déclencher une réaction. Attendez de vous réchauffer complètement avant de sortir.
En résumé
L’urticaire induite par le froid n’est pas une simple gêne esthétique. C’est une condition médicale réelle, parfois dangereuse, qui demande une prise en charge sérieuse. Elle touche plus de gens qu’on ne le pense, surtout les jeunes adultes. Le diagnostic est simple, les traitements existent, et les outils pour mieux vivre avec - comme les applications de suivi ou les capteurs de température - sont de plus en plus accessibles. La clé ? Ne pas attendre qu’une crise grave survienne pour agir. Consultez un allergologue si vous avez des réactions répétées au froid. Vous pouvez vivre pleinement, même en hiver, à condition de bien vous protéger.
