Les corticoïdes sont l’un des traitements les plus utilisés pour les maladies auto-immunes. Ils agissent rapidement, souvent en quelques heures, pour réduire la douleur, l’enflure et les symptômes graves. Mais ce pouvoir a un prix : leur usage prolongé peut causer des dommages importants. Pourquoi les médecins les prescrivent-ils malgré tout ? Et comment éviter les pièges ? Voici ce que vous devez vraiment savoir.
Comment les corticoïdes arrêtent l’inflammation
Les corticoïdes, comme la prednisone ou le méthylprednisolone, imitent le cortisol, une hormone naturelle produite par les glandes surrénales. Lorsqu’un système immunitaire attaque le corps - comme dans le lupus, la polyarthrite rhumatoïde ou la maladie de Crohn - les corticoïdes interviennent comme un interrupteur général. Ils se lient aux récepteurs des cellules et bloquent la production de protéines inflammatoires. Cela signifie moins de cytokines, moins de macrophages actifs, et une réduction massive des signes d’inflammation.
Contrairement aux traitements comme le méthotrexate, qui mettent des semaines à agir, les corticoïdes soulagent en 24 à 48 heures. C’est pourquoi ils restent la première ligne dans les crises aiguës : une poussée de vasculite, une atteinte rénale soudaine, ou une détérioration rapide de la fonction pulmonaire. Dans ces cas, attendre deux semaines pour voir un effet serait trop risqué.
Quelles maladies répondent vraiment aux corticoïdes ?
Les corticoïdes fonctionnent bien pour certaines maladies, mais pas pour toutes. Ils sont efficaces dans :
- Le lupus systémique (SLE) - pour contrôler les poussées rénales ou cutanées
- La polyarthrite rhumatoïde - surtout au début, avant d’ajouter des traitements plus ciblés
- La maladie inflammatoire de l’intestin (MII) - pour calmer les poussées sévères
- La psoriasis sévère - en cas d’échec des traitements topiques
- Les vasculites comme la granulomatose de Wegener - où des perfusions de méthylprednisolone sont parfois nécessaires
En revanche, ils n’ont aucun effet sur certaines maladies avancées : le diabète de type 1 avancé, la thyroïdite de Hashimoto, la maladie de Graves, ou la cholangite biliaire primitive avancée. Pourquoi ? Parce que dans ces cas, les cellules cibles sont déjà détruites. Pas de tissu à protéger, pas d’inflammation à calmer. Il n’y a rien à sauver.
Par contre, dans les formes précoces - comme un diabète de type 1 récent où les cellules bêta sont encore partiellement actives - les corticoïdes peuvent ralentir la destruction. C’est une fenêtre étroite, mais elle existe.
Les effets secondaires : ce qu’on ne vous dit pas toujours
Prendre des corticoïdes pendant plusieurs mois change votre corps. Pas seulement quelques effets désagréables - des modifications profondes et parfois irréversibles.
- Ostéoporose : les corticoïdes réduisent la formation osseuse et augmentent la perte de calcium. Après 6 mois, le risque de fracture augmente de 30 à 50 %. Des suppléments de calcium et de vitamine D ne suffisent pas toujours. Des traitements comme les bisphosphonates sont souvent nécessaires.
- Cataractes et glaucome : la pression intra-oculaire monte, et le cristallin trouble. Des examens ophtalmologiques annuels sont obligatoires si vous prenez des corticoïdes depuis plus de 3 mois.
- Prise de poids et redistribution des graisses : ventre arrondi, visage rond (« lune de cortico »), graisses sur le dos. Ce n’est pas juste une envie de manger. C’est une réorganisation hormonale.
- Diabète de stéroïdes : même chez les personnes sans antécédents, les corticoïdes peuvent déclencher une résistance à l’insuline. Des taux de glycémie élevés apparaissent, parfois de façon permanente.
- Insuffisance surrénalienne : si vous arrêtez brusquement après plusieurs semaines, vos glandes surrénales ne savent plus produire de cortisol. Un malaise, une chute de tension, voire un choc - c’est une urgence. Il faut diminuer progressivement, sur des semaines ou des mois.
Les effets cutanés aussi : peau fine, ecchymoses faciles, vergetures pourpres, sensibilité accrue au soleil. Des mesures simples comme une crème solaire quotidienne peuvent éviter des lésions permanentes.
Comment minimiser les risques ?
La règle d’or : le moins possible, le plus court possible. Mais comment faire si la maladie revient ?
Les médecins modernes n’utilisent plus les corticoïdes seuls. Ils les combinent. Par exemple :
- Avec le méthotrexate ou l’azathioprine pour réduire la dose de corticoïdes et éviter les effets à long terme
- Avec le rituximab (un anticorps monoclonal) pour les formes sévères d’anémie hémolytique auto-immune - des études montrent une réduction des rechutes de 60 %
- Avec les traitements topiques : pour l’asthme, on utilise des inhalateurs ; pour le psoriasis, des crèmes. Cela limite l’absorption systémique et évite les effets généraux
La dose idéale ? Pas de règle universelle. Pour une poussée aiguë, on commence souvent à 1 mg/kg de prednisone par jour. Mais dès que les symptômes s’améliorent - parfois en 7 à 10 jours - on commence à réduire. L’objectif n’est pas de guérir, mais de contrôler. Et pour cela, on cherche la plus faible dose efficace.
Un point crucial : les doses inférieures à 10 mg/jour de prednisone, ou les traitements de moins de 3 semaines, n’affaiblissent presque jamais les glandes surrénales. Cela signifie que les injections ponctuelles pour une tendinite ou un rhume des foins ne posent pas de risque d’insuffisance surrénale.
Quand faut-il arrêter ? Et comment ?
Arrêter les corticoïdes n’est pas comme arrêter un antibiotique. Votre corps a cessé de produire son propre cortisol. Il faut le réapprendre.
La méthode : réduction progressive, par paliers. Par exemple :
- De 40 mg à 30 mg sur 2 semaines
- De 30 mg à 20 mg sur 3 semaines
- De 20 mg à 10 mg sur 4 semaines
- De 10 mg à 5 mg sur 4 à 6 semaines
- Arrêt complet
Si vous avez des symptômes de fatigue, de nausées, de vertiges ou de baisse de tension pendant cette période, c’est un signal d’alerte. Votre corps n’est pas prêt. Il faut ralentir ou même remonter légèrement la dose.
Un test simple : si vous sautez une prise pendant 24 heures et que votre cortisol matinal est bas, c’est que votre axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien est encore éteint. Il faut continuer la réduction plus lentement.
Le futur : vers une autre approche
Les chercheurs cherchent à remplacer les corticoïdes par des traitements plus sûrs. Des molécules comme le GILZ (glucocorticoid-induced leucine zipper) sont en développement. Ce sont des protéines qui imitent l’action anti-inflammatoire des corticoïdes, sans leurs effets secondaires. Ce n’est pas encore disponible, mais c’est l’avenir.
En attendant, la combinaison corticoïdes + biologiques est la meilleure stratégie. Par exemple, un patient atteint de lupus peut prendre une faible dose de prednisone pendant 3 mois, puis passer à un traitement comme le belimumab, qui cible spécifiquement les cellules B. Le résultat : moins de corticoïdes, moins de dégâts, et une maladie mieux contrôlée.
En résumé : ce que vous devez retenir
- Les corticoïdes sont puissants, rapides, mais dangereux à long terme.
- Ils ne fonctionnent pas pour toutes les maladies auto-immunes - seulement pour celles où l’inflammation est active.
- Les effets secondaires sont réels : os fragiles, cataractes, diabète, insuffisance surrénale.
- On les utilise toujours avec d’autres traitements pour réduire la dose et la durée.
- On ne les arrête jamais brusquement - on diminue progressivement, sous surveillance.
- Le but n’est pas de les prendre toute sa vie, mais de les utiliser comme un pont vers un traitement plus sûr.
Prendre des corticoïdes, c’est comme conduire une voiture puissante : elle vous emmène vite là où vous devez aller. Mais si vous la gardez trop longtemps, elle finit par s’effondrer. L’art du traitement, c’est de savoir quand la laisser au garage.
Les corticoïdes guérissent-ils les maladies auto-immunes ?
Non, les corticoïdes ne guérissent pas les maladies auto-immunes. Ils contrôlent l’inflammation et soulagent les symptômes, mais ils ne corrigent pas la cause sous-jacente : un système immunitaire qui attaque le corps. Leur rôle est de gagner du temps pour permettre à d’autres traitements (comme les biologiques) d’agir. L’objectif est toujours de réduire, puis d’arrêter les corticoïdes.
Puis-je prendre des corticoïdes si j’ai un diabète ?
Oui, mais avec précaution. Les corticoïdes augmentent la glycémie. Si vous avez déjà un diabète, votre traitement pourra être ajusté : augmentation de l’insuline ou des antidiabétiques oraux. Une surveillance rigoureuse de la glycémie est indispensable. Dans certains cas, les médecins évitent les corticoïdes si d’autres options existent.
Est-ce normal d’avoir des sautes d’humeur en prenant des corticoïdes ?
Oui. Les corticoïdes affectent le système nerveux central et peuvent provoquer de l’anxiété, de l’irritabilité, des insomnies, voire des épisodes de dépression ou de manie. Ces effets sont plus fréquents à haute dose. Si vous ressentez des changements émotionnels importants, en parlez à votre médecin. Ce n’est pas « dans votre tête » - c’est une réaction chimique connue.
Faut-il faire des examens réguliers pendant le traitement ?
Oui. Si vous prenez des corticoïdes plus de 3 mois, vous devez faire : des contrôles de la tension artérielle, des analyses de glycémie, des densitométries osseuses, et des examens ophtalmologiques. Une prise de sang pour vérifier le taux de cortisol matinal peut aussi être proposée si vous avez des doutes sur l’axe surrénalien. Ces examens ne sont pas optionnels - ils permettent de détecter les dommages avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
Les corticoïdes en crème ou en spray sont-ils sans risque ?
Beaucoup moins, mais pas zéro. Les formes locales (crèmes pour la peau, inhalateurs pour les poumons, gouttes pour les yeux) absorbent très peu dans le sang. Cependant, si vous en utilisez en très grande quantité, sur de grandes surfaces, ou pendant des mois, une absorption systémique peut se produire. Les enfants et les personnes âgées sont plus vulnérables. Toujours utiliser la dose la plus faible possible, et seulement aussi longtemps que nécessaire.

Commentaires (1)
marie-aurore PETIT
février 20, 2026 AT 18:27J’ai pris de la prednisone pendant 6 mois pour un lupus… J’ai tout perdu : os, peau, humeur. Mais j’ai vécu. Et maintenant, je suis en rémission. Merci pour cet article, il dit ce qu’on ne nous explique jamais.