Les biosimilaires, une alternative abordable mais mal prise en charge
Les biosimilaires sont des médicaments conçus pour être aussi proches que possible d’un biologique d’origine - comme l’Humira ou le Lantus - mais à un prix bien plus bas. Ils ne sont pas des génériques classiques. Alors que les génériques copient une molécule chimique simple, les biosimilaires reproduisent des protéines complexes issues de cellules vivantes. Leur production est difficile, leur contrôle rigoureux, et leur approbation par la FDA exige des études cliniques approfondies. Pourtant, malgré leur efficacité prouvée et leur coût réduit de 10 à 33 %, leur accès reste bloqué par des barrières administratives. En 2025, 99 % des plans Medicare Part D placent les biosimilaires et leurs produits d’origine sur le même niveau de tarification. Résultat ? Le patient paie presque autant pour un biosimilaire que pour le médicament original. C’est comme si vous offriez une réduction de 20 % sur une voiture, mais que vous demandiez toujours le même prix à la caisse.
Pourquoi les assureurs mettent-ils les biosimilaires au même niveau que les biologiques ?
La réponse est simple : ce n’est pas une erreur, c’est une stratégie. Les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) comme Express Scripts, OptumRx et CVS Caremark ont longtemps maintenu les biologiques d’origine - souvent coûteux - sur des niveaux élevés (Tier 4 ou 5) pour contrôler les coûts. Quand les biosimilaires sont arrivés, ils ont été placés exactement au même niveau. Pourquoi ? Parce que les PBMs n’ont aucun intérêt financier à encourager le changement. Ils sont payés en pourcentage du prix du médicament. Si le biosimilaire coûte 4 000 $ au lieu de 5 000 $, leur commission diminue aussi. Le système est conçu pour favoriser le statu quo, même quand la science dit le contraire.
L’autorisation préalable : une porte fermée à presque tous
Plus de 98,5 % des plans d’assurance exigent une autorisation préalable pour prescrire un biosimilaire - exactement comme pour le biologique d’origine. Ce processus demande à votre médecin de remplir des formulaires, de prouver que vous avez essayé d’autres traitements, de justifier votre diagnostic, et parfois d’attendre jusqu’à deux semaines pour une réponse. Pour un patient atteint de polyarthrite rhumatoïde ou de maladie de Crohn, cette attente peut signifier des semaines de douleur inutile. Une étude de 2024 montre que 78 % des rhumatologues passent entre 3 et 5 heures par semaine à gérer ces demandes. Cela ne fait pas que retarder les soins - ça épuise les médecins. Et pourtant, aucun plan ne demande moins d’efforts pour les biosimilaires. C’est comme si vous deviez passer un examen pour utiliser un raccourci, alors que le chemin principal est plus long et plus cher.
Le piège du même niveau de tarification
Quand un biosimilaire et son biologique d’origine sont sur le même niveau, le patient paie en général 25 à 33 % du prix du médicament. Pour un traitement de 4 500 $ par mois, cela représente entre 1 125 $ et 1 500 $ par mois à sa charge. Le biosimilaire coûte 1 150 $ par mois, le biologique 1 200 $. La différence ? 50 dollars. C’est moins qu’un repas. Ce n’est pas une incitation, c’est un piège. Les patients ne changent pas parce qu’il n’y a pas de gain réel. Les assureurs disent que c’est « équitable ». En réalité, c’est une manière de ne rien changer. Et quand les biosimilaires sont rares, comme pour l’insuline, moins de 10 % des plans les couvrent - même si huit versions existent. Le patient est coincé : soit il paie très cher, soit il ne traite pas.
Les changements en 2025 : une lueur d’espoir
Mais tout n’est pas perdu. En 2025, certains PBMs ont commencé à changer de stratégie. Express Scripts a complètement exclu l’Humira de ses formulaires commerciaux. Pour obtenir ce médicament, vous devez maintenant demander une dérogation - ce qui est presque impossible. En contrepartie, ils ont mis cinq biosimilaires sur un niveau inférieur (Tier 3), avec une participation de 25 % au lieu de 33 %. C’est une révolution. Ce n’est plus de la neutralité, c’est une incitation. Cela signifie que les patients paient 1 125 $ pour un biosimilaire, et 1 500 $ pour l’originale. La différence devient significative. Cette approche, appelée « exclusion formulary », est en train de se répandre. Si elle devient standard, les biosimilaires pourraient atteindre 40 % du marché d’ici 2027. Ce n’est pas une question de science, c’est une question de politique.
Que faire si vous êtes un patient ?
Si vous prenez un biologique et que votre médecin vous propose un biosimilaire, ne l’acceptez pas sans poser de questions. Demandez : « Est-ce qu’il est sur un niveau inférieur ? » « Est-ce que je paierai moins ? » « Est-ce que je dois passer par une autorisation préalable plus longue ? » Vérifiez votre formulaire d’assurance en ligne - les plans publient leurs listes chaque automne. Si le biosimilaire est au même niveau, parlez-en à votre médecin. Il peut faire une demande de dérogation en invoquant la loi sur la réduction de l’inflation, qui interdit les pratiques discriminatoires. Certains patients ont réussi à faire changer leur couverture en se basant sur cette loi. Et si vous êtes un professionnel de santé, documentez chaque retard de traitement. Ces données sont précieuses pour les enquêtes du ministère de la Santé.
Et l’avenir ?
Le Bureau du budget du Congrès estime que les biosimilaires pourraient faire économiser 5,3 milliards de dollars par an au système de santé américain d’ici 2030 - mais seulement si les assureurs cessent de les bloquer. Aujourd’hui, ils n’économisent que 1,8 milliard. Ce n’est pas une question de coût de production. C’est une question de volonté politique. En Europe, les biosimilaires représentent plus de 80 % des ventes de biologiques. Aux États-Unis, c’est à peine 23 %. La différence ? En Europe, les autorités sanitaires imposent des niveaux de tarification plus favorables. Ici, les PBMs décident en coulisses. Le changement viendra quand les patients, les médecins et les législateurs exigeront que les économies soient réelles - et non juste sur les factures des assureurs.
Les biosimilaires sont-ils aussi sûrs que les biologiques d’origine ?
Oui. Les biosimilaires doivent prouver une similitude très élevée en termes de structure, d’efficacité et de sécurité avant d’être approuvés par la FDA. Des études cliniques portant sur des dizaines de milliers de patients montrent qu’ils ont les mêmes taux d’effets secondaires et de succès thérapeutique que les produits d’origine. La FDA les surveille activement après leur mise sur le marché. Aucun cas d’effet indésirable spécifique aux biosimilaires n’a été confirmé depuis leur introduction en 2015.
Pourquoi les assureurs ne mettent-ils pas les biosimilaires sur un niveau inférieur ?
Parce que les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) gagnent de l’argent en pourcentage du prix du médicament. Si un biosimilaire coûte 20 % moins cher, leur commission diminue aussi. Ils n’ont donc pas d’incitation financière à favoriser les biosimilaires - sauf si la loi les y oblige. Certains, comme Express Scripts, commencent à les mettre sur des niveaux inférieurs, mais ce n’est pas encore la norme.
Puis-je demander à mon médecin de me prescrire un biosimilaire même si mon assurance ne le couvre pas ?
Oui, mais vous devrez probablement payer le prix complet. Votre médecin peut demander une dérogation à votre assurance en invoquant la loi sur la réduction de l’inflation, qui interdit les pratiques discriminatoires. Si votre traitement est essentiel et que le biosimilaire est cliniquement approprié, vous avez des chances de réussir, surtout si vous avez des antécédents de mauvaise réponse à d’autres traitements.
Qu’est-ce qu’un niveau de tarification (tier) dans l’assurance santé ?
Un niveau de tarification est une catégorie dans laquelle votre assurance classe les médicaments. Les niveaux vont du Tier 1 (génériques peu coûteux) au Tier 5 (biologiques et traitements de pointe). Plus le niveau est élevé, plus vous payez. Les biosimilaires sont souvent placés au Tier 4 ou 5, ce qui signifie que vous payez 25 à 33 % du prix total - souvent plus de 1 000 $ par mois.
Quelle est la différence entre un biosimilaire et un générique ?
Un générique copie une molécule chimique simple, comme le paracétamol. Un biosimilaire imite une protéine complexe produite par des cellules vivantes, comme l’anticorps de l’Humira. La fabrication des biosimilaires est beaucoup plus difficile, et leur évaluation plus rigoureuse. Ils ne sont pas des copies exactes, mais des versions très similaires, validées par des essais cliniques.

Commentaires (12)
Oumou Niakate
décembre 5, 2025 AT 11:19C’est fou comment on nous dit que c’est la même chose, mais qu’on doit payer presque le même prix… Genre, si c’est pareil, pourquoi je paie plus pour le nom qu’on connaît ?
Je veux juste pas me ruiner pour un truc qui marche aussi bien.
Laurent REBOULLET
décembre 6, 2025 AT 02:55Je suis médecin en région parisienne, et chaque semaine, j’ai des patients qui arrêtent leur traitement parce qu’ils ne peuvent pas payer. Les biosimilaires, c’est la solution, mais les PBMs, eux, ils veulent juste garder leurs commissions. C’est pas de la santé, c’est de la finance.
Et les patients ? Ils sont pris entre deux feux : la douleur et la facture. On dirait qu’on a oublié que la médecine, c’est pour aider, pas pour faire du profit.
Estelle Trotter
décembre 7, 2025 AT 03:10AH NON MAIS SÉRIEUX ?! On est en 2025 et on fait encore ça ?!
Les Américains, ils sont trop cons pour comprendre que si un truc coûte moins cher ET que c’est pareil, BEN ON LE PREND !
Je vous jure, si j’étais médecin, je ferais une pétition avec des gilets jaunes et des insulines en guise de bannières.
Patrice Lauzeral
décembre 8, 2025 AT 16:31Je trouve ça triste…
Je me demande si un jour on va vraiment changer.
Je vois tant de gens souffrir, et pourtant… personne ne fait rien.
Je me sens impuissant.
Parfois, je me demande si ça vaut vraiment la peine d’essayer.
Chanel Carpenter
décembre 10, 2025 AT 08:12En France, on a un peu moins de ce problème, mais je vois que ça vient.
Je travaille dans une association pour les malades chroniques.
Beaucoup de gens ne savent même pas que les biosimilaires existent.
Si on leur expliquait mieux, peut-être qu’ils demanderaient.
La clé, c’est l’éducation. Pas la pression.
Sophie Burkhardt
décembre 11, 2025 AT 21:31OH MON DIEU J’AI ENFIN COMPRIS !
ÇA C’EST DU VRAI DÉSASTRE !
On nous dit ‘c’est mieux, c’est moins cher’ mais on nous met le même prix !
C’est comme si on te disait ‘viens, on a un nouveau téléphone à 300€’ mais tu dois payer 600€ parce que c’est pas le même logo !
Je veux pleurer.
Je veux crier.
Je veux qu’on change ça.
Ça va pas la tête ?! 😭
Nicole Perry
décembre 13, 2025 AT 04:11La logique du marché, c’est une illusion.
On croit que l’économie de marché est neutre, mais en réalité, elle est pilotée par des intérêts invisibles.
Les PBMs ne sont pas des entreprises de santé, ce sont des fonds spéculatifs qui ont racheté des services médicaux.
Leur but n’est pas de soigner, c’est de maximiser les flux de revenus.
Les biosimilaires menacent ce modèle.
Donc on les étouffe.
La science n’a rien à voir ici.
C’est une guerre de pouvoir.
Et les patients ? Ils sont les otages de ce système.
On a remplacé la médecine par la comptabilité.
Et on appelle ça ‘progrès’ ?
Non. C’est une défaite morale.
Juliette Chiapello
décembre 14, 2025 AT 21:42Je suis patiente depuis 8 ans avec un biosimilaire.
Je paie 200$ par mois.
Le biologique, c’était 300$.
Je ne vais pas mentir, ça m’a fait du bien de passer dessus.
Et j’ai eu aucun effet secondaire.
Le système est encore trop lent, mais je suis vivante grâce à ça.
Je suis reconnaissante.
Et je dis aux autres : ‘demandez !’ 😊
cristian pinon
décembre 14, 2025 AT 23:35Il convient de souligner que les mécanismes de tarification actuels sont fondés sur un modèle économique obsolète, qui ne prend pas en compte les avancées scientifiques récentes en matière de biotechnologie.
La rémunération proportionnelle des PBMs constitue une distorsion du marché, car elle crée un conflit d’intérêts structurel entre la santé publique et la rentabilité financière.
Une réforme fondée sur des incitations tarifaires différenciées, couplée à une transparence accrue des marges, serait nécessaire pour aligner les intérêts des acteurs sur les objectifs de santé publique.
La littérature scientifique actuelle, notamment les méta-analyses de la Cochrane Library, confirme l’équivalence clinique des biosimilaires.
Par conséquent, la non-adoption de niveaux tarifaires inférieurs constitue une violation éthique du principe de non-discrimination dans l’accès aux soins.
Alain Guisolan
décembre 15, 2025 AT 11:08Le vrai problème, c’est qu’on a transformé la santé en produit de consommation.
On vend des molécules comme des sacs de chips.
Les biosimilaires, c’est comme un vin de pays qui a le même goût qu’un grand cru, mais qui coûte trois fois moins.
Et pourtant, on vous force à acheter le grand cru parce que la bouteille a un joli étiquette.
On a oublié que la santé, c’est un droit.
Et que le prix, c’est une construction artificielle.
Les PBMs sont les nouveaux seigneurs féodaux.
Leur château ? Les formulaires d’assurance.
Leur armée ? Les algorithmes.
Et nous ? On est les paysans qui doivent demander la permission de respirer.
Katleen Briers
décembre 16, 2025 AT 23:18Ah oui, bien sûr. On va demander à un PBM de faire un geste.
Comme si les banquiers faisaient des dons à la charité.
Lili Díaz
décembre 17, 2025 AT 19:22Il est regrettable que la discussion se résume à des considérations économiques simplistes, alors que la question sous-jacente est celle de la qualité de la régulation pharmaceutique.
Les biosimilaires, bien que théoriquement équivalents, ne doivent pas être assimilés à des produits de substitution sans distinction.
La littérature médicale exige une approche rigoureuse, et il est inadmissible de réduire la complexité des traitements biologiques à une simple équation de coût-bénéfice.
La sécurité du patient prime sur toute considération budgétaire.