Qu’est-ce que la dégénérescence maculaire liée à l’âge ?
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est une maladie qui attaque la macula, la partie centrale de la rétine responsable de la vision fine. C’est elle qui vous permet de lire, de reconnaître un visage ou de conduire. Quand la macula se détériore, la vision centrale s’efface, comme si un voile sombre s’était déposé au milieu de votre champ de vision. Mais attention : la vision périphérique reste intacte. Vous ne devenez pas aveugle, mais vous perdez la capacité de voir les détails essentiels de la vie quotidienne.
En France, plus d’un million de personnes sont concernées, et ce chiffre ne fait que monter avec le vieillissement de la population. Aux États-Unis, c’est la première cause de cécité chez les plus de 65 ans. En 2040, on estime qu’il y aura près de 288 millions de cas dans le monde. Ce n’est pas une maladie rare : c’est une réalité pour des millions de personnes âgées.
Les deux formes de la DMLA : sèche et humide
Il existe deux formes principales de DMLA. La forme sèche concerne environ 90 % des cas. Elle évolue lentement, avec l’accumulation de dépôts jaunes appelés drusen sous la rétine. Ces dépôts étouffent progressivement les cellules photoréceptrices. À un stade avancé, on parle de atrophie géographique : des zones entières de la macula meurent. La perte de vision est progressive, mais souvent moins brutale.
La forme humide, elle, est plus rare - seulement 10 à 15 % des cas - mais elle cause 90 % des pertes de vision sévères. Ici, des vaisseaux sanguins anormaux poussent sous la rétine. Ils fuient, ils saignent, ils détruisent les cellules de la macula en quelques semaines ou mois. C’est une urgence visuelle. Sans traitement, vous pouvez passer d’une vision correcte à une vision floue et déformée en un temps record.
La bonne nouvelle ? Toute DMLA sèche peut évoluer vers la forme humide. La mauvaise ? Une fois la forme humide installée, elle ne revient jamais en arrière. C’est pourquoi surveiller sa vision à la maison est crucial.
Comment repérer les premiers signes ?
Vous ne devez pas attendre d’avoir une vision très floue pour consulter. Les premiers signes sont souvent subtils :
- Les lignes droites semblent ondulées ou courbées (comme sur une grille de métro déformée).
- Les lettres dans un livre ou sur un écran semblent manquantes ou déformées.
- Vous avez du mal à reconnaître les visages, même de proches.
- La lumière semble moins vive, ou les couleurs moins vives.
Le grille d’Amsler est un outil simple, gratuit, et puissant. Imprimez-la, regardez-la un œil à la fois, à 30 cm de distance, en portant vos lunettes si vous en avez besoin. Si les lignes ne sont plus droites, ou si des zones semblent manquer - consultez un ophtalmologiste dans les 48 heures. 40 % des patients qui utilisent cette grille détectent une transformation de la DMLA sèche en forme humide avant leur prochaine visite médicale.
Les causes et les facteurs de risque
La DMLA n’est pas une simple usure du temps. C’est un processus biologique complexe. L’âge est le facteur le plus fort : moins de 1 % des 40-49 ans sont concernés, mais plus de 35 % des plus de 75 ans. Mais ce n’est pas tout.
Le tabac est le plus grand facteur de risque modifiable. Les fumeurs ont près de 4 fois plus de risque de développer une DMLA que les non-fumeurs. Arrêter de fumer réduit ce risque, même à 70 ans.
Les facteurs génétiques jouent aussi un rôle majeur. Si un parent a eu une DMLA, votre risque augmente de 3 à 6 fois. Les personnes d’origine européenne sont plus touchées que les Africains ou les Hispaniques.
Le surpoids, l’hypertension, et le cholestérol élevé augmentent aussi les risques. Une étude montre que les personnes avec un IMC supérieur à 30 ont 2,4 fois plus de risque. Ce n’est pas une maladie « juste » du vieillissement - c’est une maladie du mode de vie.
Les traitements : l’arme contre la forme humide
Il n’existe pas de traitement pour la DMLA sèche avancée - seulement des mesures pour ralentir l’évolution. Mais pour la forme humide, la révolution est arrivée : les injections anti-VEGF.
VEGF signifie « facteur de croissance de l’endothélium vasculaire ». C’est une protéine qui pousse les vaisseaux sanguins à se développer - même là où ils n’ont pas à être. Dans la DMLA humide, elle crée des vaisseaux fragiles sous la rétine. Les injections anti-VEGF bloquent cette protéine. Elles stoppent la croissance des vaisseaux anormaux, réduisent les fuites, et parfois, même améliorent la vision.
Les médicaments les plus utilisés sont le Lucentis, l’Eylea, et le Beovu. Ils sont injectés directement dans l’œil, sous anesthésie locale. Cela peut sembler effrayant, mais la plupart des patients décrivent la sensation comme une légère pression, pas une douleur. Une étude montre que 68 % des patients voient leur vision stabilisée ou améliorée après quelques mois de traitement.
Le protocole type : trois injections mensuelles, puis des injections « au besoin », guidées par une imagerie appelée OCT (tomographie par cohérence optique). Cette technique permet de voir en 3D les couches de la rétine et de détecter les fuites invisibles à l’œil nu.
Les défis du traitement
Les injections anti-VEGF marchent - mais elles sont exigeantes. La plupart des patients doivent revenir tous les 4 à 8 semaines. Pour une personne âgée, avec des problèmes de mobilité ou de transport, c’est un vrai fardeau. 82 % des patients interrogés citent les visites fréquentes comme leur plus grand stress.
Et si vous manquez une injection ? Le risque est réel : les études montrent que les patients qui manquent plus de 25 % de leurs injections perdent jusqu’à 30 % de leur vision supplémentaire. Ce n’est pas une option : c’est une nécessité médicale.
Heureusement, de nouvelles solutions arrivent. Le dispositif Susvimo, approuvé en 2021, est une petite pompe implantée dans l’œil qui libère du médicament pendant jusqu’à six mois. Vabysmo, approuvé en 2022, cible deux voies à la fois (VEGF et angiopoïétine-2), ce qui permet d’allonger les intervalles entre les injections. Ce ne sont pas des cures, mais des progrès majeurs.
Et la DMLA sèche ? Que faire ?
Il n’y a pas d’injection pour la forme sèche. Mais il y a un protocole éprouvé : la formule AREDS2. Ce n’est pas une pilule magique, mais une combinaison de vitamines et minéraux qui réduit le risque de progression vers la forme humide de 25 % chez les patients à stade intermédiaire.
La formule contient : vitamine C, vitamine E, zinc, cuivre, luteïne et zéaxanthine. Elle ne guérit pas. Elle ralentit. Et elle ne s’adresse qu’à un groupe précis : ceux avec des drusen importants ou une perte de vision modérée. Prendre ces compléments sans avis médical peut être inutile - voire dangereux pour les fumeurs (le bêta-carotène augmente le risque de cancer du poumon).
La meilleure arme contre la DMLA sèche ? Une alimentation riche en légumes verts, en poissons gras, en noix, et en fruits rouges. Le régime méditerranéen est le plus étudié. Il réduit l’inflammation et l’oxydation, deux moteurs de la maladie.
Quel avenir pour la DMLA ?
La recherche avance vite. Des essais en cours testent des thérapies géniques pour cibler les gènes du système immunitaire impliqués dans 50 à 70 % des cas héréditaires. D’autres cherchent à cultiver des cellules de la rétine en laboratoire pour les réimplanter. Il y a encore du chemin, mais les résultats des premiers essais sont prometteurs.
En 2026, les ophtalmologistes ont une arme puissante : les anti-VEGF. Ils n’ont pas inventé la guérison, mais ils ont inventé le temps. Le temps de vivre, de lire, de voir les petits-enfants. Le temps de ne pas devenir prisonnier de l’obscurité.
La DMLA n’est pas une sentence. C’est une maladie chronique, comme le diabète ou l’hypertension. Elle demande de la vigilance, de la régularité, et de la persévérance. Mais avec les bons outils, on peut vivre longtemps avec une bonne vision.
Que faire maintenant ?
- Si vous avez plus de 65 ans : faites un examen complet de la rétine, même si vous voyez bien.
- Si vous avez des drusen : demandez la formule AREDS2 à votre ophtalmologiste.
- Si vous fumez : arrêtez. C’est la chose la plus efficace que vous puissiez faire.
- Si vous avez une DMLA humide : ne manquez pas vos injections. C’est votre meilleure chance.
- Utilisez la grille d’Amsler chaque semaine. Un changement, un appel.
La vision centrale, c’est ce qui relie les gens. C’est ce qui permet de voir un sourire, une larme, un livre, un coucher de soleil. Ne la laissez pas disparaître en silence.

Commentaires (4)
Claire Copleston
janvier 30, 2026 AT 15:35J'ai vu ma grand-mère perdre la vue centrale... C'était comme regarder un film avec un bug qui efface les visages. Aucune douleur, juste un vide qui prend tout.
Je lui ai acheté une grille d'Amsler. Elle l'a oubliée sous le café. C'est ça, la maladie : elle te vole sans te faire mal.
Benoit Dutartre
février 1, 2026 AT 07:58Les anti-VEGF c'est du pipi de chat face à la vraie cause : l'industrie pharmaceutique qui veut que tu reviennes tous les mois. Ils ont vendu ça comme une révolution, mais c'est juste un business model. Tu te fais piquer l'oeil, ils gagnent. Point.
Régis Warmeling
février 2, 2026 AT 06:51La vie, c'est voir les détails. Un sourire, une feuille qui tombe, la main d'un enfant dans la tienne. La DMLA ne te vole pas la vue. Elle te vole le sens. Et c'est pire que l'obscurité.
Jean-Michel DEBUYSER
février 2, 2026 AT 11:41Tu fumes ? Arrête. Point. C'est la seule chose que tu peux contrôler. T'as pas besoin de pilule, de laser, ni d'injection. Juste de courage. Et si t'as pas ce courage, t'es pas prêt à vivre vieux.