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Sulfonylurées et prise de poids : les risques à long terme
  • Par Fabien Leroux
  • 15/12/25
  • 10

Les sulfonylurées, un classique du diabète qui pèse lourd

Les sulfonylurées, c’est l’un des traitements les plus anciens pour le diabète de type 2. On les prescrit depuis les années 1950. Elles fonctionnent bien : elles forcent le pancréas à produire plus d’insuline, ce qui fait baisser la glycémie. Mais il y a un problème qui revient sans cesse dans les consultations : la prise de poids. Et ce n’est pas juste un petit effet secondaire anecdotique. C’est une préoccupation majeure à long terme, qui peut rendre le traitement moins efficace, voire contre-productif.

En moyenne, une personne qui commence une sulfonylurée prend entre 2 et 5 kilos en quelques mois. Certains en prennent jusqu’à 8,8 livres (4 kg) la première année. Pour quelqu’un qui lutte déjà contre l’excès de poids - et qui représente la majorité des patients diabétiques - c’est une vraie épreuve. La prise de poids aggrave l’insulinorésistance, rend la glycémie plus difficile à contrôler, et augmente le risque de complications cardiovasculaires. Ce n’est pas juste un chiffre sur une balance. C’est un cercle vicieux.

Pas toutes les sulfonylurées ne font pareil

On parle souvent des sulfonylurées comme si c’était une seule famille identique. Ce n’est pas vrai. Il y a des différences importantes entre les molécules. Le glimépiride, par exemple, est fortement lié à la prise de poids. Dans une étude de 2016, 62,7 % des patients qui ont pris du poids étaient sous glimépiride. En revanche, la gliclazide a montré un tout autre profil : certains patients ont même perdu du poids pendant le traitement.

Pourquoi cette différence ? C’est lié à la manière dont chaque molécule interagit avec les récepteurs dans les cellules graisseuses. Le glimépiride active davantage ces récepteurs, ce qui stimule la fabrication de graisse. La gliclazide, elle, semble avoir un effet plus neutre, voire bénéfique sur le métabolisme des lipides. C’est une information cruciale pour les médecins. Si vous devez prescrire une sulfonylurée, commencer par la gliclazide, c’est une stratégie plus intelligente que d’opter pour le glyburide ou le glimépiride.

Comparaison avec les autres traitements : un désavantage clair

Regardez ce que font les autres médicaments contre le diabète. Le metformin ? Il est neutre ou fait perdre 2 à 3 kg. Les inhibiteurs SGLT2, comme l’empagliflozine ? Ils font perdre 3 à 7 kg. Les agonistes du récepteur GLP-1, comme la semaglutide ? Ils font perdre jusqu’à 10 % du poids corporel. Alors que les sulfonylurées, elles, font grossir.

Le paradoxe est là : vous prenez un médicament pour contrôler votre glycémie, et en contrepartie, vous prenez du poids. Ce poids supplémentaire rend votre diabète plus dur à gérer. Vous avez besoin de plus d’insuline. Vous avez plus de résistance. Vous êtes plus fatigué. Et le cercle continue. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une conséquence directe de la mécanique du traitement.

Les nouvelles lignes directrices de l’American Association of Clinical Endocrinologists recommandent d’éviter les sulfonylurées chez les patients ayant un IMC supérieur à 35. Pourquoi ? Parce que le risque de prise de poids est trop élevé. Et quand vous êtes déjà en surpoids, chaque kilo en plus augmente les complications.

Étagère de pharmacie où certains médicaments émettent une lueur maléfique, tandis que d'autres restent neutres.

Les patients parlent : des témoignages qui ne mentent pas

Sur les forums de patients, les commentaires sur les sulfonylurées sont souvent durs. Sur le site de l’American Diabetes Association, 68 % des 1 243 personnes interrogées ont dit que la prise de poids était un problème majeur. Sur Reddit, 72 % des commentaires mentionnent la prise de poids comme raison principale pour arrêter le traitement.

Un patient, 'Type2Warrior87', a écrit : « Après 9 mois sur glipizide, j’ai pris 12 livres malgré un régime et du sport inchangés. J’ai changé pour du metformin, et j’ai tout perdu en 6 mois. » Un autre, 'DiabetesSurvivor', dit : « À 8 dollars le mois pour le glyburide, j’accepte les 5 livres de plus, parce que je ne peux pas me permettre les nouveaux médicaments. »

Ces témoignages sont importants. Ils montrent que la prise de poids n’est pas une statistique abstraite. C’est une réalité quotidienne. Et elle influence les décisions des patients. Beaucoup arrêtent leur traitement, non pas parce qu’ils ne veulent pas contrôler leur diabète, mais parce qu’ils ne veulent pas grossir davantage.

Comment limiter la prise de poids si vous êtes sous sulfonylurée ?

Si vous êtes déjà sous sulfonylurée, ce n’est pas la fin du monde. Il y a des stratégies pour limiter les dégâts.

  • Associez-la au metformin. Une étude a montré que combiner une sulfonylurée avec du metformin réduit la prise de poids de 1,2 kg sur 12 mois par rapport à la sulfonylurée seule. Le metformin compense partiellement l’effet gras.
  • Adoptez un régime alimentaire structuré. Une étude de l’armée américaine a montré qu’un déficit calorique de 500 kcal par jour et 150 minutes d’exercice par semaine réduisent la prise de poids liée aux sulfonylurées de 63 %. Ce n’est pas une question de régime miracle. C’est une question de cohérence.
  • Essayez le jeûne intermittent. Une étude présentée en 2024 à l’American Diabetes Association a montré que limiter la prise alimentaire à une fenêtre de 8 heures par jour réduisait la prise de poids de 78 % chez les patients sous sulfonylurée.
  • Surveillez votre poids mensuellement. Si vous prenez plus de 3 % de votre poids initial en 6 mois, parlez-en à votre médecin. Il peut être temps de changer de traitement.
Patient dans sa cuisine, son ombre se transforme en créature de graisse et de molécules de glucose.

Le futur des sulfonylurées : vers une réduction de leur usage

Le marché des sulfonylurées est en déclin. En 2015, elles représentaient 26 % des ventes de médicaments oraux contre le diabète. En 2022, ce chiffre est tombé à 18 %. Pourquoi ? Parce que les nouveaux traitements, même s’ils sont plus chers, font perdre du poids et protègent le cœur.

Les compagnies d’assurance commencent à privilégier les GLP-1 et les SGLT2, même si leur prix initial est 30 fois plus élevé. Pourquoi ? Parce qu’à long terme, les patients ont moins de complications, moins d’hospitalisations, moins de soins. Le coût total est plus bas.

Des nouvelles formulations voient le jour, comme le glyburide-metformine XR, qui réduit la prise de poids de 1,8 kg par rapport au glyburide seul. Mais ce n’est pas une solution radicale. La vraie question est : faut-il continuer à prescrire des médicaments qui font grossir, même s’ils sont bon marché ?

Des experts comme le Dr Matthew Riddle disent non. Pas parce qu’il faut les supprimer. Mais parce qu’il faut les utiliser avec plus de prudence. Ils restent utiles pour les patients qui n’ont pas les moyens de payer les nouveaux traitements. Pour les personnes âgées, pour celles qui vivent dans des pays où les médicaments modernes sont inaccessibles. Mais pour les autres ? Il y a mieux.

Conclusion : un traitement à utiliser avec les yeux ouverts

Les sulfonylurées ne sont pas mauvaises. Elles sont efficaces. Elles sont bon marché. Elles sauvent des vies. Mais elles ne sont plus la première option qu’on devrait envisager pour la plupart des patients. Leur effet sur le poids les rend dangereuses dans un contexte de diabète de type 2, où l’excès de poids est déjà le moteur principal de la maladie.

Si vous êtes sous sulfonylurée et que vous prenez du poids, ce n’est pas votre faute. C’est une propriété du médicament. Parlez-en à votre médecin. Explorez les alternatives. Regardez si une combinaison avec du metformin ou un changement vers la gliclazide pourrait vous aider. Et n’oubliez pas : la nutrition et l’activité physique ne sont pas des options secondaires. Elles sont la base de tout traitement durable.

Le diabète de type 2 n’est pas une maladie qu’on soigne avec une pilule. C’est une maladie qu’on gère avec une vie. Et parfois, la meilleure pilule, c’est celle qu’on n’a pas besoin de prendre.

Pourquoi les sulfonylurées font-elles grossir ?

Les sulfonylurées stimulent la production d’insuline. L’insuline est une hormone qui favorise le stockage des graisses. Quand elle est présente en excès, elle pousse les cellules graisseuses à accumuler du gras. Certaines molécules comme le glimépiride activent davantage les récepteurs dans les cellules graisseuses, ce qui amplifie cet effet. Ce n’est pas un effet secondaire mineur : c’est un mécanisme direct.

La gliclazide fait-elle aussi grossir ?

Non, pas autant que les autres sulfonylurées. Une étude de 1988 a montré que la gliclazide n’entraînait pas de prise de poids, et certains patients ont même perdu du poids. Elle semble avoir un effet plus neutre sur le métabolisme des lipides. C’est pourquoi elle est souvent recommandée en première ligne si un traitement par sulfonylurée est nécessaire.

Est-ce que je dois arrêter ma sulfonylurée si je prends du poids ?

Pas forcément, mais vous devez en parler à votre médecin. Une prise de poids de plus de 3 % de votre poids initial en 6 mois est un signal d’alerte. Votre médecin peut ajuster le traitement : changer de molécule, ajouter du metformin, ou passer à un autre type de médicament. Arrêter seul peut être dangereux. La glycémie peut monter très vite.

Les nouveaux médicaments sont-ils vraiment meilleurs ?

Oui, pour la plupart des patients. Les GLP-1 et les SGLT2 font perdre du poids, protègent le cœur, et réduisent les risques de complications. Même si leur prix est plus élevé, leur efficacité globale est supérieure. Les études montrent que sur 5 ans, ils réduisent les coûts de santé globaux malgré leur prix initial. Ce n’est pas juste une question de poids - c’est une question de survie.

Puis-je combiner une sulfonylurée avec un régime et du sport pour éviter la prise de poids ?

Oui, mais il faut être très rigoureux. Une étude a montré qu’avec 150 minutes d’exercice par semaine et un déficit de 500 kcal par jour, la prise de poids liée à la sulfonylurée est réduite de 63 %. Ce n’est pas facile, mais c’est possible. Le régime et l’exercice ne sont pas des options complémentaires : ils sont la clé pour que le traitement reste efficace et sûr.

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Fabien Leroux

Auteur

Je travaille depuis plus de quinze ans dans le domaine pharmaceutique, où j’explore constamment les évolutions des traitements et des suppléments. J’aime vulgariser les connaissances scientifiques et partager des conseils utiles pour optimiser sa santé. Mon objectif est d’aider chacun à mieux comprendre les médicaments et leurs effets.

Commentaires (10)

Muriel Randrianjafy

Muriel Randrianjafy

décembre 17, 2025 AT 11:19

j'ai pris 6kg en 4 mois avec du glimépiride... et j'ai arrêté parce que j'en pouvais plus. mon médecin m'a dit "c'est normal". normal?? non, c'est une arnaque. j'ai changé pour du metformin et j'ai perdu tout ça en 5 mois. les pharma sont des voleurs.

Sophie Britte

Sophie Britte

décembre 18, 2025 AT 10:47

Je comprends vraiment ce que tu ressens. La prise de poids, c’est pas juste un chiffre, c’est une perte de soi. Mais bon, je suis contente que tu aies trouvé une solution qui te va. La gliclazide, c’est vraiment un bon choix si on peut l’avoir. Pas tous ont la chance.

Fatou Ba

Fatou Ba

décembre 19, 2025 AT 22:36

Dans mon pays, on n’a pas le choix. La gliclazide coûte 3 fois plus cher que le glyburide. J’ai un ami qui prend du glyburide, il a pris 7kg en 8 mois. Il pleure chaque jour en se regardant dans le miroir. On a besoin de médicaments abordables... mais pas à ce prix-là.

Philippe Desjardins

Philippe Desjardins

décembre 21, 2025 AT 15:33

Il y a une vérité profonde ici : on traite le symptôme, pas la cause. Le diabète de type 2, c’est une maladie du mode de vie. Une pilule ne peut pas réparer une alimentation déséquilibrée, un sommeil pourri, et un corps qui n’a pas bougé depuis des années. Les sulfonylurées, c’est un pansement sur une jambe amputée.

Philo Sophie

Philo Sophie

décembre 22, 2025 AT 21:55

Je pense qu’on oublie un truc : les gens ne choisissent pas d’être diabétiques. Et ils ne choisissent pas non plus d’être pauvres. Quand tu dois choisir entre manger ou te soigner, tu prends la pilule bon marché. C’est pas de la faute. C’est de la survie.

Manon Renard

Manon Renard

décembre 23, 2025 AT 21:17

La gliclazide est sous-estimée. J’ai lu une méta-analyse de 2020 qui montrait qu’elle avait un effet neutre sur le poids chez 68% des patients. Et pourtant, on la prescrit rarement. Pourquoi? Parce que les reps pharma ne la vendent pas. C’est un problème de marché, pas de science.

Angelique Manglallan

Angelique Manglallan

décembre 24, 2025 AT 07:14

Ah oui, bien sûr, les sulfonylurées, c’est le traitement de l’âge de pierre. Tous les médecins qui les prescrivent sont des rétrogrades. Les GLP-1, c’est le futur, et les gens qui les utilisent sont des élus. Les autres? Des losers qui mangent des croissants à 8h du matin. Je vous jure, j’ai vu un patient prendre 11kg en 6 mois sous glimépiride... et il a osé dire qu’il n’avait pas le temps de faire du sport. Tu parles.

James Harris

James Harris

décembre 25, 2025 AT 15:11

Gliclazide = bon. Glimépiride = mauvais. Metformin = toujours mieux. Point. Arrêtez de vous compliquer la vie.

Micky Dumo

Micky Dumo

décembre 27, 2025 AT 11:03

Il convient de souligner que la prise de poids induite par les sulfonylurées constitue un phénomène pharmacodynamique bien documenté dans la littérature scientifique internationale. L’insulinémie chronique élevée, résultant de la stimulation des cellules β pancréatiques, favorise la lipogenèse hépatique et périphérique. Il est donc impératif d’adopter une stratégie thérapeutique individualisée, intégrant des mesures non pharmacologiques fondamentales, telles que la restriction calorique modérée et l’activité physique régulière, afin de contrer cet effet métabolique indésirable.

Yacine BOUHOUN ALI

Yacine BOUHOUN ALI

décembre 27, 2025 AT 11:53

Tu sais, j’ai lu tout ça. C’est très intéressant. Mais tu as oublié de mentionner que les GLP-1 ont un effet anorexigène direct sur le noyau arcuate. Et que le mécanisme de la gliclazide sur les récepteurs KATP dans les adipocytes est encore mal compris. Bref, tout ça, c’est du niveau bachelor. J’ai fait un postdoc sur les récepteurs de l’insuline à Harvard. Tu veux un bon conseil? Lisez Nature Metabolism. Pas Reddit.

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